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Histoires de marionnettes

samedi 19 juillet 2003, par Catherine Pattinier

Les enfants ont déjà une petite pratique de théâtre. (Mon livre fétiche : jeux de théâtre pour le petits -Retz- a fricoté avec le théâtre de l’opprimé, elle aussi) utile pour la mise en forme, en condition d’écoute, d’imagination, d’attention, de concentration, etc.
Nous disposons d’une cinquantaine de marionnettes dans une grande caisse en plastique rangée dans la salle de jeux.

Types de marionnettes
- personnages
- Maniques en peluche
- Animaux, ferme, insectes, forêt...
- Classiques, têtes en plastique
- Guignol, gd-mère, gendarme, chasseur, roi, loup...
- Carton fait maison
- Fille, garçon, chat, chien
- Marionnette aux doigts
Famille, animaux ferme, roi, reine, fée, dragon, hibou, magicien, prince, princesse
Bref, marionnettes toutes faites, toutes prêtes, évoquant des personnages familiers ou des personnages féériques, qui font peur ou rêver, selon, ou magiques, capables de nous sortir rapidement d’une situation critique. Enfin : prêtes à se raconter des histoires...

1ère séance

Une vingtaine de marionnettes (15 enfants) disposées sur le sol, dans la salle de repos (petite pièce plu intime que la salle de jeux).
« Promenade » : consigne permanente, veut dire déambuler partout dans la pièce sans se bousculer et sans courir, en évitant les obstacles (aujourd’hui les marionnettes) et ... sans parler, bras le long du corps + préparation à la consigne orale qui va suivre !
Au signal (= frapper dans les mains ou clochette ou grelot) « arrêt » : chacun prend la marionnette la plus proche, la regarde, à nouveau promenade, et au nouveau signal, les marionnettes se disent « bonjour » quand elles se rencontrent.
Déjà les enfants prêtent une voix, un caractère à leur marionnette, certains se plaignent sur le moment de ne pas avoir eu leur « préférée », mais ils se prennent vite au jeu (il est dit avant l’exercice qu’on changera plusieurs fois).
Reprise 3 fois en laissant un peu plus de temps d’échanges à chaque rencontre de marionnettes : elles doivent faire un petit bout de chemin ensemble.
Des histoires s’ébauchent, des relations se créent entre les marionnettes, je remarque que les affinités habituelles entre les enfants jouent un moindre rôle.
Certaines rencontres ne peuvent durer quand un personnage inspire la crainte (loup, sorcière, vampire...) alors que pour certains enfants, il y a dialogue, rivalité, menace, plaisanterie, humour...
Toutes les marionnettes ont fait des rencontres. C’est à dire qu’aucun enfant n’a été mis à l’écart et les plus timides se sont révélés très imaginatifs dès la première séance.
Après une pause, chacun choisit une marionnette parmi tout le stock et la promène !
Une seule dispute entre 2 enfants qui veulent un éléphant, mais nous avons un double : je demande aux enfants de bien réfléchir car ils auront à travailler un moment avec leur marionnette.
J’ai placé un « tapis magique » (désigné ainsi par les enfants en cours de séance) soit une grande feuille de papier recyclé rouge vielli de format 40x60 (récup’).
Le groupe est partagé en 2 : un groupe acteur et un groupe spectateur. Je demande aux enfants (sans savoir trop ce que ça allait donner) de continuer à se promener et quand ils se sentiraient prêts, de venir se placer sur la feuille et de présenter leur personnage.
La première s’est présentée très rapidement aux spectateurs :
« Bonjour, je m’appelle Lorena, je suis princesse » et aussi vite, les enfants se sont mis l’un derrière l’autre pour se placer sur le « tapis » sans aucun blanc. Il était évident qu’ils avaient plaisir à cet exercice : je dis volontairement « plaisir » et « exercice » car le jeu - sérieux était là - en pleine construction.
Au tour de l’autre groupe, les enfants fatiguaient et le groupe spectateur était moins attentif.
À ce stade de travail, il s’était passé 40mn et c’était déjà plus que prévu, mais quand ça marche bien...
On arrête la séance, j’ai noté les 2 groupes et les personnages correspondants à chacun. Je signale aux enfants que la prochaine fois, nous pourrons commencer de vraies histoires.

2ème séance

1/ Petits jeux d’échauffement : déplacements variés « comme un éléphant, une grenouille, un serpent... » jeu « Allô mamie ! » (inépuisable même livre)
2/ Chacun retrouve sa marionnette et se promène, jeu des « bonjour » puis je demande aux enfants de faire des petits groupes. Ils se souvenaient bien qu’ils allaient devoir créer des histoires.
Les groupes se sont formés plutôt par affinité. (1 groupe de 6, 1 groupe de 5, 1 groupe de 4)
J’ai installé un castelet rapide = soit un grand carton épais (récup’ cartonnerie De St-Just de 2m sur 1m environ, posé sur 2 « briques de gym. » (avec une fente pour faire tenir le carton et j’agrémente avec 2 tissus de danse = côté « esthétique/spectacle »
Je donne 5/8 mn de préparation ! Consignes : On commencera par « il était une fois », on doit comprendre qui est chaque marionnette, ce qu’elle veut faire et quand c’est la fin ! (leur petite culture de contes). « On parle fort sans crier et pas tous en même temps sauf si ça fait partie de l’histoire ! » La maîtresse frappe 3 les 3 coups !!!
TOC TOC TOC TOC TOC TOC TOC TOC TOC... ... TOC ! TOC ! TOC !

Histoire 1 :
1 grand-mère - 1 souris - 1 éléphant - 1 lion
Mes impressions : Beaucoup de bagarres ! Voix de Dylan en sur’off permanent. _ L’éléphant dit qu’il arrose mais il tape. Apparemment le leader ne laisse pas de place à l’initiatice des copains, à voir ! Utilisation originale du castelet (côtés, dessous = effet de surprise très drôle).
Je laisse le jeu 5 bonnes minutes et je préviens qu’il faudrait une fin.
Ça tarde, la bagarre reprend, j’aide à l’aboutissement.
Les marionnettes saluent et les enfants qui viennent de jouer viennent s’installer assis en tailleur devant le castelet. Nous garderons le même rituel pour tous les groupes mais aussi pour d’autres présentations de travaux.
Auto-critique : « on faisait exprès de se taper, ça nous a fait rigoler, rien d’autres à dire ».
Les spectateurs : « ça nous a bien fait rire quand l’éléphant tape la grand-mère et les fausses bagarres et quand ils passaient sous le carton ! »
(Je remarque que le leader a de gros problèmes par ailleurs, disputes très violentes entre ses parents, relations très tendues entre la maman et ... la grand-mère).

Histoire 2 :
1 reine - 1 roi - 1 éléphant - 1 panda - 2 princesses
« Il était une fois un éléphant bleu qui se promenait dans la forêt. IL AVAIT PEUR DES LOUPS ! La reine passant par là le rencontre, elle sursaute !
- « Mais qu... qu... qui êtes-vous ?
- N’ayez pas peur, je ne suis pas méchant, je suis l’éléphant bleu. J’ai peur des loups et je n’ai pas d’amis !
Venez avec moi au château, mes filles seront très contentes... »
Arrivés au château, la reine appelle ses filles qui sautent de joie, et présentent le nouveau venu à un drôle d’animal qui se sentait bien seul au château : un panda. C’est un test : ils ’entendent bien. L’éléphant bleu pourra rester. C’est super, ils jouent ensemble, mais il faut tout de même demander l’autorisation au père = le roi. Si ses filles sont heureuses, il est très content. Il n’a pas dit grand chose, mais la mère, elle, revient aux nouvelles et pour la peine annonce la préparation d’un grand repas de fête pour célébrer l’événement. Une grande table est dressée, une scène pour chanter et de la musique. Les personnages dansent 2 par 2 et changent de cavalier et de cavalère, la fête bat son plein et tout est bien qui finit bien ! »
Une histoire bouclée, avec un début, un déroulement, une fin, une cohérence dans la suite des actions et un respect de la parole des autres !
Mes remarques : le seul garçon de cette distribution a quand même eu une toute petite place dans un rôle de roi/père donneur d’autorisation, satisfait que tout se passe bien sans trop d’investissement de sa part, ah ! Ces femmes ! Quelles organisatrices ! L’enfant aussi avait l’air content, porté par l’histoire de ses meneuses de copines : non pas 1 leader, mais 1 groupe de filles leader !
Les spectateurs ont beaucoup applaudi.
Auto-critique : On parlait peut-être trop ! Des fois en même temps, on voyait vien nos marionnettes ? Derrière, c’est pas facile de changer de place ! Etc...

Histoire 3 :
1 coccinelle - 1 chenille - 1 vampire - 1 hérisson - 1 escargot
L’histoire se passe dans la forêt : un hérisson se promène puis une chenille et coccinelle arrivent, aussitôt un vampire surgit d’on ne sait où, en lève la petite coccinelle puis il y a une bagarre générale et le vampire se sauve !
3 minutes montre en main, c’est trop court : de l’avis général, il faudrait bien expliquer qui est copain ou pas et pourquoi, et comment faire fuir le vampire.
Les enfants prennent conscience qu’il faut plus de temps pour comprendre une hisotire, s’y intéresser, pour que ça dure. Il faut trouver des idées qui fassent rire, ou peur, ou plaisir...
Tout le monde s’applaudit et on arrête là la séance, les marionnettes restent rangées dans leur caisse jusqu’à la semaine suivante.

3ème séance :

Chaque groupe se retrouve avec ses marionnettes. J’aide la mémoire collective avec mon bloc-notes. Aujourd’hui, on doit rejouer les histoires en tenant compte des remarques. Le but est de les présenter aux Moyens.
Ce jour-là, le travail a semblé plus long, plus difficile. Réglage des détails, je deviens plus exigeante, sur la prise de parole, la voix, les déplacements, les bruits de fond.
Les mises au point avant de jouer, pas pendant !
Nous aurons eu le temps de mettre au point 2 premières histoires.
Les enfants remarquent qu’il serait bien d’avoir un vrai castelet et un décor qu’on pourrait faire ! Et l’idée des accessoires pointe...
Alors il faudrait des arbres en peinture et un château, qu’on voit de dehors et aussi dedans, une voiture pour la grand-mère.
Je demande aux enfants de dessiner leur marionnette, pour l’affiche de la représentation ou l’album ou le journal...
Ils s’appliquent comme jamais, je note les détails typiques des différents personnages. Les dessins sont respectés.

4ème séance :

Mise au point de la 3ème histoire :
Pour combattre le vampire et délivrer leur amie coccinelle, chacun utilisera sa particularité et l’union fait la force. Les enfants ont cherché ce que pouvait faire chaque animal pour se défendre :
-« Moi, dit l’escargot, je coulerai de la bave et il glissera et tombera !
Moi, dit la chenille, quand il sera par terre, je me frotterait pour qu’il attrape plein de boutons !
Et moi, dit le hérisson, quand il se grattera, je le piquerai partout ! »
Après le complot, tous les spectateurs ont hâte de voir arriver le « méchant » puis l’effet cascade des farces était vraiment réussi ! Il fallait travailler la technique pour assurer le rythme. Le vampire finira par s’enfuir loin, très loin, on ne le revit plus jamais bien sûr !

Remarques : Intérêt soutenu pendant presque 6 semaines : en fait, les enfants ont vraiment construit leur histoire, coopérativement, de fait, pour jouer ensemble, il faut tenir compte de l’autre, que chacun ait sa place, en établissant un rituel commun aux représentations de productions collectives quelles qu’elles soient :

- SILENCE, maintenant on va regarder ce qu’a fait « tel » groupe.
- Le groupe se présente ou dit le titre.
- Jeu ou représentation.
- Saluts et applaudissements.
- SILENCE, on écoute les critiques.
- On dit ce qu’on pense (on = le groupe qui présente).
- On tiendra compte des remarques pour s’améliorer et puis il y a la reconnaissance des compétences de chacun : lui, sait bien faire rire. Elle, parle bien fort. Elle, tient bien sa marionnette. Manon, d’habitude, elle ne parle pas beaucoup et là, elle parle !
Puis il y a eu les vacances de février. Depuis, on a fait d’autres activités, de la musique, des danses. Mais pour demain : je leur ai préparé une surprise moi, en transformant un ancien tableau pivotant en castelet ; j’ai tendu un drap blanc et préparé mes spots et mes marionnettes en carton ! À nous les jeux d’ombres... mais... c’est une autre histoire !

5ème séance :

Pas pris le temps de faire un décor, les enfants, pressés de montrer aux copains plus jeunes, ont préféré commencer par là : on montre = SUCCÉS !
Les spectateurs (10 + les 2 groupes qui ne jouent pas), fiers d’avoir eu une surprise rien que pour eux, ont été indulgents. Les acteurs, eux, en ont fait un peu trop ce jour-là. Il a fallu modérer certains élans.
D’autres « dérapages » improvisés étaient intéres-sants : APPLAUDISSEMENTS.
faut tenir compte de l’autre, que chacun ait sa place, en établissant un rituel commun.