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Mémoire de licence de sciences de l’éducation

8- Les avantages et les inconvénients, de la mise en pratique de la pédagogie Freinet et de la pédagogie traditionnelle d’un point de vue de la réussite scolaire

Université Jules Verne d’Amiens - année 2002/2003

vendredi 21 mai 2004, par Adéline Brossard

- V/ Les avantages et les inconvénients, de la mise en pratique de la pédagogie Freinet et de la pédagogie traditionnelle d’un point de vue de la réussite scolaire

Je vais exposer dans cette partie mon point de vue sur chacune des pédagogies que j’ai observées, mais je tiens à préciser qu’il m’est difficile de donner mon avis sur les différentes méthodes d’enseignement alors que je ne suis pas moi-même enseignante. Je désire également remercier les institutrices qui m’ont accueillie et préciser que j’ai eu la chance de rencontrer au cours de mon stage des personnes motivées, qui aiment leur métier et qui s’investissent chacune à leur façon pour faire de leur mieux.

J’expose dans cette partie délicate les points positifs et négatifs des deux pédagogies qui m’ont paru essentiels par rapport à la réussite des enfants les plus en difficultés et qui sont une explication possible des résultats obtenus aux tests statistiques.

- A/ Les atouts de la pédagogie Freinet et les limites liées à sa mise en application

  • 1/ Les atouts de la pédagogie Freinet

D’un point de vue théorique, la pédagogie Freinet, nous l’avons vu, est axée sur la réussite de tous les élèves et en particulier des plus en difficultés. En effet, elle prône une "éducation populaire", c’est-à-dire, une éducation égale pour tous, quelque soit le niveau scolaire et le niveau social initial des enfants. Les constatations précédentes d’une certaine homogénéisation des niveaux au sein de la classe et d’une meilleure réussite des moins bons élèves vont dans ce sens.
Le travail autonome, l’autogestion dans la classe permet de traiter tous les enfants de la même façon, chacun doit "apprendre à apprendr", doit prendre en main ses apprentissages et ainsi construire lui-même ses savoirs. Ainsi les élèves défavorisés socialement et culturellement sont davantage sur un même pied d’égalité avec les autres élèves, plus aptes à recevoir les savoirs tels que, par simple transmission-réception, que dans la pédagogie traditionnelle. Attention, je ne dis pas ici que les prédispositions de chacun n’ont aucune influence, mais seulement qu’elles en ont beaucoup moins que dans une classe traditionnelle.
De plus, d’un point de vue des apprentissages et notamment de la lecture, les enfants déficients culturellement ne sont pas mis à l’écart puisque les apprentissages se font à partir de leur vie dans la classe et donc de leur propre vocabulaire, ceci permet d’éviter le décalage entre un langage restreint et un langage élaboré qui est celui de l’école. Mais le risque est le manque d’enrichissement culturel. la libre expression et le texte libéré, qui sont valorisés dans la pédagogie Freinet, sont également des outils intéressants pour lutter contre l’échec scolaire puisque nous avons vu qu’ils permettent d’évaluer les compétences des enfants.

Le fait que chaque enfant soit évalué individuellement et qu’il participe à son évaluation est essentiel dans la gestion des échecs scolaires, c’est ici l’atout majeur de la pédagogie Freinet. En effet, la personnalisation des apprentissages permet aux enfants qui ont des difficultés d’évoluer à leur rythme, par rapport à leurs propres objectifs, et donc de moins se sentir en échec.
Le rôle prépondérant des enfants dans la gestion de leur travail et l’organisation de la classe, ainsi que la liberté qui leur est accordée sont très importants car ils permettent aux enfants d’apprendre à être autonomes, à se prendre en mains, à prendre la parole et à écouter les autres. Cette autogestion est également un moyen de limiter les situations réfractaires, puisque les enfants sont peu dirigés et est, je pense, une source importante de motivation, tout comme l’intégration de la vie dans l’école.
Mais la souplesse accordée aux enfants dans leur travail est, à mon avis, surtout intéressante dans la mesure où elle donne lieu à de nombreuses interactions sociales entre les élèves qui permettent une confrontation de points de vue différents, source de progrès cognitifs.

En effet, différentes études en psychologie du développement ont montré que les interactions entre enfants, de niveau cognitif différent, engendre une meilleure acquisition des savoirs car elles entraînenet un déséquilibre cognitif chez l’enfant de niveau plus faible. Les interactions engendrent diverses situations qui ont des effets plus ou moins importants sur les apprentissages. Jilly présente quatre situations différentes, de la moins bénéfique en terme d’apprentissage, à la plus intéressante : la "co-élaboration acquiésciente", la "co-construction", la "confrontation de points de vue non argumentés" et enfin, "la confrontation de points de vue argumentés", qui est ce que l’on appelle "le conflit socio-cognitif". Attention, il est quand même nécessaire de dire que si les relations interindividuelles sont très intéressantes d’un point de vue cognitif, très peu aboutissent au conflit socio-cognitif, au sens strict, qui permet une réelle restructuration cognitive et le plus de progrès (Mugny et Doise).
On peut également dire que selon certains auteurs comme Bandura et Winnykamen, les interactions entre individus permettent un apprentissage par l’observation et l’imitation.
La liberté des élèves dans la pédagogie Freinet, semble donc être positive pour les apprentissages, notamment pour les élèves les plus en difficultés, car elle permet un dépassement plus facile des niveaux cognitifs grâce aux interactions sociales. Reste alors à voir si d’autres paramètres ne viennent pas perturber les avantages de cette pédagogie.

Je note également parmi les points positifs de la pédagogie Freinet, l’attitude toujours positive de l’enseignante envers les enfants, même les plus en difficultés auxquels elle accorde davantage de temps. Ce point est important dans la gestion des échecs. De plus, l’échec n’est pas considéré comme une faute, mais une source de progrès.
Enfin, la communication entre les élèves et l’enseignant, notamment à travers les séances d’expression libre, rend les relations maître/élèves moins strictes, plus souples, et même si parfois quelques problèmes se posent avec les enfants perturbateurs, j’ai eu l’impression que les relations sont moins conflictuelles que dans la classe traditionnelle. la place accordée à la communication fait également de la classe Freinet une sorte de grande famille où il n’y a pas de tabous, où les enfants peuvent se libérer des choses qu’ils ont sur le coeur et c’est un point à mon avis très positif de cette pédagogie. je dirais pour finir que l’on peut définir cette pédagogie comme une pédagogie humaine.

  • 2/ Les limites liées à la mise en pratique de la pdagogie Freinet

L’inconvénient majeur de l’individualisation des apprentissages reste le risque de ne pas atteindre avec tous les enfants les objectifs finaux et donc d’avoir une classe hétérogène. Mais je pense que cette méthode reste le plus souvent bénéfique car elle évite les situations d’exclusion et donc d’échec. la libre expression qui est un avantage majeur de la pédagogie Freinet, comporte également un risque, celui d’entrer dans la vie des enfants et d’avoir à gérer des situations difficiles par rapport aux autres élèves si quelque chose de grave est révélé, mais on a rien sans rien !
Après cette première limite liée à la mise en pratique des techniques Freinet, j’apporterai deux critiques majeures à cette méthode, une matérielle et une autre disciplinaire.
La limite matérielle est malheureusement rencontrée par de nombreux pratiquants de la pédagogie Freinet et notamment dans les écoles de ville car les salles ne sont pas prévues pour une organisation de la classe en autogestion. En effet, cette pédagogie nécessite un espace relativement grand pour être efficace à cent pour cent puisque les élèves, qui sont en autogestion sont amenés à se déplacer pour aller chercher le matériel dont ils ont besoin, parfois ils s’entraident, ce qui peut engendrer une hausse rapide des décibels si l’espace n’est pas suffisamment grand ou si les règles d’organisation ne sont pas respectées. Si l’espace est étroit, le risque est que le désordre nuise aux apprentissages et annihile les avantages d’une telle pédagogie. Les rendements en terme de réussite, si les conditions de mise en oeuvres de cette pédagogie ne sont pas optimales, risquent d’être inférieurs à ceux que l’on auraient pu attendre.
Cependant, il faut souligner que les moyens mis à la disposition des enfants ainsi que le respect de leur place respective, permet une assez bonne mise en oeuvre des principaux outils de travail et une organisation de la classe assez ordonnée.
Je poserai enfin une critique qui est souvent avancée lorsque l’on parle de la pédagogie Freinet qui est me manque de discipline. En effet, lors de mon premier jour de stage je fus stupéfaite de la liberté dont dispose les enfants dans cette classe, ce qui n’est pas critiquable en soi, bien au contraire, mais il me semble que l’autonomie des élèves et la place du maître dans la classe dérivent parfois vers le désordre ce qui peut nuire aux apprentissages. De plus, pour les élèves en situation d’autonomie, le manque de discipline ne peut qu’agraver la situation. Cette critique est inévitable lorsque l’on aborde la pédagogie Freinet, car celle-ci rejette toute relation d’autorité maître/élèves.

- B/ Les avantages et les inconvénients de la pédagogie traditionnelle

- 1/ Les avantages

D’une manière générale, on peut dire que l’avantage du modèle traditionnel d’apprentissage est de s’adresser au plus grand nombre. De plus, j’ai remarqué chez les deux institutrices, une grande faculté à intéresser les enfants et un apport culturel importnat à travers les savoirs enseignés, ce qui est essentiel. Le fait que les savoirs soient transmis à travers des leçons données oralement, est beaucoup critiqué par les partisans des "pédagogies nouvelles", je n’adopterai pas ici ce point de vue qui est trop systèmatique. Je pense qu’une leçon bien faite, avec une excellente connaissance du sujet, de bonnes illustrations et surtout de la pédagogie, est très intéressante du point de vue des apprentissages. Au cours de ma scolarité, j’ai eu la chance de rencontrer une enseignante (traditionnelle) d’histoire qui m’a fait aimer cette matière et dont j’ai retenu les cours avec une grande facilité, bien que je ne sois pas cultivée dans ce domaine. La passion est également primordiale dans l’enseignement, et c’est souvent cela qui fait la différence entre les enseignants.
De plus, l’organisation des apprentissages de façon relativement claire et ordonnée, permet aux enfants d’avoir des repères, ce qui n’est pas négligeable, notamment pour les enfants qui ne respectent pas les règles. La discipline et l’ordre qui règnent dans la classe doivent être souligner car ils conditionnent l’acquisition des savoirs.

- 2/ Les inconvénients.

L’inconvénient majeur de la pédagogie traditionnelle est de considérer la classe comme un ensemble homogène, ce qui n’est jamais le cas. En effet, j’ai peu vu de personnalisation des apprentissages dans cette classe, j’entends par personnalisation le fait de proposer des exercices particuliers aux enfants en difficultés. Parfois le groupe d’enfants le plus en difficulté avance moins rapidement dans une tâche, ce qui lui permet d’aller à son rythme, mais je n’ai pas vu les institutrices leur proposer des exercices différents. Le fait de travailler sur le même support pour l’ensemble des élèves est à mon avis critiquable car ceci risque d’entraîner un découragement de la part de certains élèves en difficultés qui se sentent alors constamment en échec. Ces élèves risquent de se replier sur eux-mêmes et de ne plus faire d’efforts. Les supports de travail, même s’ils sont simplifiés pour les plus faibles, sont les mêmes pour l’ensemble de la classe, ce qui signifie qu’ils évoluent dans le temps, ils se complexifient pour s’adapter à l’évolution des meilleurs, au détriment des moins bons. C’est tout le problème de la gestion de l’hétérogénéité dans les classes.
De plus, j’apporterai comme critique le fait que les enfants ne soient pas assez acteurs de leurs apprentissages, ils n’ont pas de décisions collectives à prendre, la classe est intégralement orchestrée par les professeurs. Il serait bénéfique, je pense, notamment pour les enfants les plus en difficultés et ceux qui ont tendance à rejeter le système scolaire, qu’une plage horaire soit réservée à des activités libres, de leur choix, pendant laquelle des propositions de travail pourraient être faites. Ceci pourrait être une source de motivation pour les élèves et permettrait davantage de communication au sein de la classe.

- D/ Une comparaison difficile en terme de réussite scolaire

L’exposé théorique et enfin celle des critiques de la pédagogie Freinet, ne peut que nous résoudre à dire que celle-ci semble idéale, allant vers l’épanouissement de l’enfant, l’autonomie, l’expression, ou encore la socialisation, dans la réalité ses effets positifs sur la réussite de tous peut parfois être annihilés par les limites liées à sa mise en application. Autrement dit, la pratique n’est pas aussi simple que la théorie. En effet, la liberté par exemple, accordée aux enfants, qui est un point très intéressant de la pédagogie Freinet, peut, s’il n’est pas géré correctement, amener à des situations désordres et perturber les apprentissages.
Les limites principales de cette pédagogie, qui sont principalement, le risque d’un laisser-aller de la part du maître, l’accentuation de l’hétérogénéité et la limite matérielle, ne doivent cependant pas nous faire oublier qu’elle semble davantage favoriser la réussite des enfants en difficultés que la pédagogie traditionnelle, c’est ce que nous avons vu précédemment. En effet, par sa volonté idéologique d’"éducation populaire", mais aussi par l’individualisation des apprentissages, ou encore ses "méthodes naturelles d’apprentissage", basées sur le "tâtonnement expérimental" qui va vers la construction personnelle des savoirs, la pédagogie Freinet est plus en accord avec une école égale que la pédagogie traditionnelle.
Si la pédagogie traditionnelle est souvent remise en cause, il est important de noter que depuis le début du vingtième siècle, cette dernière fut constamment revue, remodelée, et diverses méthodes de travail des "pédagogies nouvelles" furent intégrées pour aller vers une amélioration. On a vu précédemment que la pédagogie traditionnelle a pour atout majeur, la transmission importante de savoirs et de culture, mais également qu’elle a tendance à favoriser les meilleurs et de défavoriser la réussite des moins bons. En effet, par sa gestion de la classe comme un ensemble homogène, et par sa méthode d’apprentissage essentiellement basée sur un mode de transmission-réception des connaissances, la pédagogie dominante semble aller vers une accentuation de l’hétérogénéité dans les classes.
Attention, il faut dire que le problème de l’échec scolaire est la particularité de chaque enfant. Chaque enfant a son caractère, sa personnalité et ses difficultés scolaires particulières et sera donc plus ou moins prédisposé à telle ou telle pédagogie. un enfant qui réussit, réussira avec n’importe quelle pédagogie, même la plus retardataire, par contre, un enfant en échec scolaire semble plus favorisé par une pédagogie plus individualisée et motivante.
En fait tout dépend de l’enfant et des difficultés qu’il rencontre, l’évaluation des obstacles cognitifs et comportementaux est donc primordiale. On peut alors penser que la pédagogie Freinet, ou toute autre pédagogie dite "active" ou "nouvelle", axée sur les interactions, l’autonomie, la liberté, sera plus en adéquation avec des élèves en manque de motivation, et qui ne sont pas prêts à recevoir les savoirs par simple transmission. Cependant, pour les élèves indisciplinés, qui ont des difficultés à intégrer les règles de vie, la pédagogie traditionnelle peut paraître plus adaptée dans le sens où elle offre aux élèves un cadre de vie et de travail plus stricte. Mais la limite majeure de la pédagogie traditionnelle, par rapport aux élèves en difficultés scolaire est à mon avis le risque de rejet du système scolaire, du rejet de toutes formes d’autorité et de ce fait, d’isolement des élèves en échec.

- Les biais inhérents à la démarches adoptée pour évaluer l’efficacité des deux pédagogies en termes de réussite scolaire.

Tout d’abord, la méthode utilisée pour évaluer les compétences des élèves dans les deux classes, n’est qu’une méthode parmi tant d’autres, sans doute plus intéressantes en termes de résultats mais également plus fastidieuses. En effet, la démarche que j’ai choisie (passer deux tests à deux mois et demi d’intervalle) est relativement simple et réalisable sur une courte période. Il aurait été intéressant et plus pertinent, de comparer les parcours scolaires de personnes ayant suivie ou non la pédagogie Freinet afin de voir si l’enseignement Freinet favorise réellement l’autonomie des individus, mais également pour savoir quelle pédagogie est plus efficace.
La méthode que j’ai adoptée comporte plusieurs imperfections. Il faut tout d’abord signaler que les deux sclasses évaluées n’avaient pas le même niveau initial, ce qui est un biais pour les évaluations. En effet, il est impossible d’avoir deux classes de niveau identique puisque chaque enfant est différent.
Le biais principal, selon moi, est le fait de ne pas avoir fait passer aux enfants le même test deux fois. Si les tests que j’ai passé aux élèves se ressemblent, ils ne sont pas totalement identiques car j’ai voulu suivre l’évolution des apprentissages, pour justement ne pas fausser les résultats. En donnant deux fois le même test (en modifiant bien sur la forme, mais pas le fond), je craignais que les élèves aient trop de facilités à le faire. Avec du recul je me demande si j’ai fait le bon choix. Le fait de faire passer deux fois le même test introduisait peut-être moins de biais.


Remerciements

Je remercie l’ensemble des institutrices de l’école primaire Beauvillé A qui ont eu la gentillesse de m’acueillir afin d’effectuer mon stage et qui ont été attentives à toutes mes questions. Elles m’ont permises de réaliser un stage très enrichissant en terme de connaissance du métier d’enseignant et du milieu scolaire.
Je remercie également Monsieur Carpentier qui m’a guidé dans la démarche à suivre pour effectuer mon mémoire et qui fut à l’écoute de mes interrogations.

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