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De la leçon de choses à la main à la pâte

L’enseignement des sciences à l’école de la République (1887-2001)

lundi 6 février 2006

Introduction

Dans sa conférence de presse présentant le plan de rénovation des sciences, en juin 2000, le nouveau ministre de l’Education Nationale J. Lang, n’hésitait pas à citer deux références :
« Dans les souvenirs heureux de l’école, on trouve souvent la leçon de choses. L’opération ‘La main à la pâte’, cette heureuse initiative de G. CHARPAK et de l’Académie des sciences, relayée par l’Institut National de la Recherche pédagogique, constitue un effort très prometteur de la modernisation de la leçon de choses. »
Ces références posent question : la leçon de choses d’une part, qui semble devenir mythique et la référence à une méthode qui serait importée d’Amérique grâce sur l’initiative d’un savant français, à savoir ‘ La main à la pâte’ et qui moderniserait cette très ancienne leçon de choses, d’autre part. N’y aurait-il rien d’autre entre ces deux références dans l’histoire de l’enseignement des sciences ? Ces références mêmes sont à interroger.

Nous essaierons de remonter aux origines de l’enseignement des sciences dans l’école républicaine : la leçon de choses. De quoi s’agit-il exactement ? Quelle est son origine ? A quoi se réfère-t-elle en matière de conception des sciences, de conception des apprentissages ? Quels sont alors les enjeux ? Nous essaierons de saisir les différentes interprétations de la leçon de choses par les enseignants, son évolution et son abandon tardif bien au-delà des années 70.

L’autre référence de J. Lang est ‘La main à la pâte’. Quelle est son origine ? Y a-t-il des liens avec la leçon de choses ? Avec la culture pédagogique française ? Avec d’autres propositions novatrices ?
Il semble bien qu’il y ait eu une crise de l’enseignement des sciences depuis les années 90. George Charpak, prix Nobel de physique, est allé voir ce qui se faisait outre-Atlantique, en matière d’éducation scientifique auprès des jeunes élèves. Il en est revenu enthousiaste, jugeant qu’il était temps d’imiter les Américains dans leur expérience « Hands on » et d’introduire en France, un programme du même type intitulé « La main à la pâte ». Titre évocateur, qui montre bien l’aspect essentiel de cette démarche : l’implication directe des enfants dans les expériences scientifiques.

N’existait-t-il donc rien en France depuis la leçon de choses, en termes pédagogiques, pour qu’il nous faille importer des démarches américaines ? Rien qui ne se fasse avec la participation, l’implication des enfants dans la construction d’un savoir scientifique ? A-t-on oublié la recherche dans l’enseignement des sciences, dans les années 70 et l’avènement d’une profonde réflexion dans la didactique des sciences ?

Il semble bien qu’il y ait eu d’autres modèles français de l’enseignement des sciences, une autre démarche, dans les années 70 et 80, pratiquée de façon minoritaire mais extrêmement féconde et qui semble aujourd’hui avoir été effacée des références de l’école.
Nous explorerons ici un modèle pédagogique, issu de plusieurs courants de recherche. L’un élaboré il y a plus de 70 ans par un pédagogue novateur, Célestin Freinet, (1896-1966), fondateur de l’ICEM et créateur d’une coopérative pédagogique, la CEL. Ces héritiers, dans les années 70 produisirent des documents scientifiques tout à fait remarquables à l’intention des enfants et des maîtres : les BT sciences (Bibliothèque de Travail). Ce courant, fut largement rénové et enrichi par la recherche en didactique impulsée par l’INRP, d’une part et par le jeu de rencontres et d’échanges autour de militants proches du mouvement Freinet, d’autre part.

A l’occasion de nos recherches, nous avons découvert un certain nombre de documents pédagogiques issus de ces différents courants. Parmi eux, certains ont été élaborés, dans l’Aube, il y a une vingtaine d’années, notamment par Pierre Guérin, ancien compagnon de Freinet, et par Marcel Paulin, professeur d’Ecole Normale, lié à un groupe de recherche INRP. Ils se sont trouvés à la croisée des chemins, entraînant avec eux un groupe d’enseignants dans un travail considérable dans le domaine de la recherche pédagogique en sciences.
Il est passionnant de se rendre compte de l’importance et de la qualité de ce travail, de chercher à comprendre comment ces personnalités ont pu jouer un rôle central de relais et de liens entre des instances et des mouvements totalement différents (l’Ecole Moderne, l’INRP, l’Ecole Normale, les groupes départementaux de rénovation pédagogique, ...), avec un rayonnement certain sur toute la France.... Et de se demander si cette culture pédagogique n’a pas été le terreau nécessaire et indispensable pour la réussite de la mise en place de ‘La main à la pâte’.

Est-il possible qu’aujourd’hui il n’en reste rien, en termes de culture pédagogique ? Aux enseignants héritiers directs ou indirects de Célestin Freinet, aux chercheurs de l’INRP, dont l’initiateur avait été Victor Host, les propos très médiatisés de G. Charpak ont pu semblés injustes en même temps qu’ils renvoyaient à l’oubli un travail considérable concernant l’enseignement des sciences en France.

Le Plan de Rénovation des Sciences et de la Technologie à l’Ecole (le PRESTE) qui arrive en juin 2000 et les nouveaux programmes de mars 2002 se réfèrent largement à la démarche de ‘La main à la pâte’, avec des finalités plus ambitieuses encore.

La France aurait-elle importé un nouveau modèle ou bien un jeu de filiations plus subtil sous-jacent aurait-il fonctionné ? Quelles sont les continuités ou les ruptures qui existent dans l’enseignement des sciences à l’école primaire en France depuis la leçon de choses ? Quels sont aujourd’hui, les nouveaux enjeux ?

Nous explorerons dans un premier temps les deux références citées par Jack Lang : La leçon de choses et La main à la pâte.

Nous chercherons ensuite, les filiations qui nous amènent à l’enseignement des sciences aujourd’hui en mettant en parallèle deux modèles pédagogiques : « Hands on » l’américain, devenu « La Main à la pâte » et l’héritage du tâtonnement expérimental de Célestin Freinet, enrichi par la recherche didactique des années 70.


Présentation des sources utilisées

Les instructions officielles : 1887, 1923 ; 1938 ; 1945, 1969, 1989, 1995, 1996, 2000, 2002, les BO concernant la consultation sur les documents d’application des programmes de 1995, le rapport de l’IGN sur la Main à la pâte de 1999, la conférence de presse de J. Lang du 20 juin 2000, le BO du 15 juin 2000 présentant le PRESTE.

Les manuels de sciences que j’ai étudiés proviennent du musée de l’éducation de Troyes (Aube). Outre le matériel pédagogique important (mobilier, cartes murales, collections venant de musées scolaires, ...), les livres sont très nombreux. Je n’ai pu étudier tous les manuels de sciences, dans le cadre de cette étude. J’ai donc opéré une sélection parmi les manuels concernant l’enseignement des sciences jusqu’aux années 70, pour les mettre en parallèle avec les textes officiels. Je me suis également appuyée sur le livre de pédagogie de G. Compayré pour étudier l’origine de la leçon de choses et ses différentes interprétations. Notre étude n’est donc pas exhaustive et de ce fait, les analyses peuvent n’être que partielles.

Les documents pour les élèves (BT sciences) m’ont été fournis par Pierre Guérin, ainsi qu’un grand nombre d’explications sur le fonctionnement des groupes BT, sur la conception, l’élaboration des BT.
Les documents pour les maîtres (collection Tavernier) trouvés pour certains au musée de l’éducation, d’autres chez Marcel Paulin, nous ont permis de comparer les thèmes étudiés, les démarches et le nom des gens impliqués dans la rédaction. Il y aurait là une piste à explorer que je n’ai pas eu le temps de creuser : il faudrait rencontrer et interroger Raymond Tavernier, qui lui aussi s’est trouvé à la croisée des chemins. Il enseignait à l’école normale d’Orléans, ville qui fut donc un autre pôle de rayonnement de la rénovation pédagogique en sciences.

Les documents de la recherche (INRP) m’ont été fournis par Marcel Paulin, ainsi que de nombreux renseignements concernant le travail des groupes INRP sciences et les échanges avec le groupe BT sciences.
Le site Internet de « La main à la pâte »

Les témoignages d’acteurs de différents mouvements de rénovation pédagogique en sciences notamment Pierre Guérin (instituteur à la retraite, ancien compagnon de Freinet, responsable des BT son puis des BT sciences à la CEL), Marcel Paulin (ancien professeur agrégé de physique à l’école normale de Troyes), Elisabeth Plé (actuelle professeur agrégé de physique à l’IUFM de Troyes, ...) Qu’ils soient vivement remerciés, leur aide, leur témoignage m’ont été essentiels.


Le dossier entier est mis en téléchargement, vu sa taille

Messages

  • Bjr, Dans le document pdf de ce dossier il est indiqué que cela constitue une première partie. Où se trouve la deuxième partie de cet article ? Merci d’avance !!